Parc Molière aux Mureaux – Quand un mur crée du lien…

Parc Molière aux Mureaux – Quand un mur crée du lien…

 

 

 

 

 

Depuis 2006, la commune des Mureaux, dans les Yvelines, s’est engagée dans un vaste projet de renouvellement urbain portant sur près d’un quart de son territoire (70 hectares et 15 000 habitants sont concernés), soit l’un des plus importants programmes ANRU de France. La création et l’aménagement du parc Molière – débutés en mars 2015 – en sont la dernière étape. Véritable colonne vertébrale du territoire remodelé, ce parc s’étend du nord au sud pour offrir aux habitants quelque 7,5 hectares d’espaces verts, traversés d’un cours d’eau et habités d’aires de jeux et de loisirs, de jardins familiaux ou encore d’une zone aménagée de gradins en vue de diverses manifestations… En son cœur serpente un ouvrage original, confié au savoir-faire de Mineral Service : un mur en béton armé, tout en courbes, s’étirant sur près d’un kilomètre de long pour une surface totale de 900 m2. Un nouveau défi relevé avec succès !

Vouée à la démolition, une vieille tour d’une quinzaine d’étages, aux nombreuses fenêtres murées, contraste avec les constructions récentes et trois fois moins hautes, qui bordent la partie nord du parc Molière, comme avec l’ancien presbytère – bâtisse datant en partie du XVIIe siècle – situé en contrebas et amené à devenir un lieu culturel. L’image fait prendre la mesure de la métamorphose – imaginée par le cabinet d’architecture et d’urbanisme Jam – opérée au fil des dix dernières années au cœur des quartiers Sud des Mureaux, commune de la grande banlieue ouest de Paris. Dernière étape de ce vaste projet, la réalisation du parc Molière, dont la livraison est prévue pour janvier 2017, viendra acter la nouvelle identité de la zone, marquée par un dialogue complice entre éléments urbains et naturels. S’étendant sur 7,5 hectares, depuis la médiathèque jusqu’au parc du Sautour, il fait également le lien avec le pôle Molière – équipement public éducatif – et le parc de Bècheville. « Ce parc a la particularité d’être très étiré, linéaire, avec des ramifications Est/Ouest – intégré dans la ville, il est entrecoupé par le réseau viaire –, ce qui en fait un espace public fédérateur », explique Patrick Bouchardon, qui a chapeauté l’ensemble du projet pour le bureau d’étude Atelier Villes & Paysages, co-maître d’œuvre avec la société INFRA Services. « Le relief de la zone, marqué par une forte déclivité, a largement influencé son dessin, poursuit-il, car il a fallu travailler avec la pente –élément fort du paysage des Mureaux –, tout en essayant de l’exploiter pour magnifier le site. » Ainsi naît l’idée d’un mur, qui, du statut d’élément technique très fort, « puisqu’il a permis de redresser le talus pour rendre notamment la circulation aisée sur la partie basse du parc », devient une sorte de fil conducteur, de trait d’union esthétique aux multiples fonctions, dont celle de mobilier urbain (il sert d’assise dans ses parties basses), d’espace de promenade (offrant de varier les points de vue), voire de support artistique, certains de ses pans étant voués à devenir des murs d’expression. Son tracé original – il dessine un serpent ondulant harmonieusement d’un bout à l’autre du parc – est directement inspiré de cette question du relief et du dénivelé. « Le caractère courbe du mur a été pensé pour épouser le relief, mais aussi pour conserver un certain nombre d’arbres, la zone possédant un riche patrimoine arboré. »

La réalisation de l’ouvrage a été confiée à Mineral Service. Un chantier tout en longueur, rythmé par des coteaux et divisé en trois tronçons de largeur variable, qui correspondent aux trois grandes parties constituant le parc et séparées les unes des autres par une voie de circulation urbaine. « Chez Mineral Service, on a l’habitude de ce genre de travaux, mais sur du droit et en petite hauteur », confie le conducteur de travaux, Sébastien Bonnaffé. Mais l’homme comme l’entreprise sont habitués aux challenges ! D’une largeur de deux mètres – comprenant deux parties réunies par un remblai –, le mur s’étend sur près d’un kilomètre et possède une hauteur variant de 39 cm à 3,30 m. Il est en béton armé, coulé sur place par le biais d’un coffrage en bois, des choix imposés par les contraintes techniques inhérentes à sa forme tout en courbures et à l’inclinaison de sa ligne de niveau. « Il n’était pas envisageable d’utiliser des formules autoplaçantes ou autonivelantes, parce qu’on a une tête qui est en pente et que, par nature, ces bétons vont se mettre au niveau, explique Sébastien Bonnaffé. Le béton armé “classique” ne facilite pas la tâche, car il n’a aucune propriété de mise en œuvre ; or, il nous fallait obtenir un parement qualitatif, car si ce matériau est souvent destiné à être revêtu, il est ici censé être fini après le décoffrage. Tout est dans le savoir-faire des hommes lors de la mise en œuvre, dans le travail effectué au cours de la vibration – dont dépend pour partie le caractère plus ou moins lisse du parement –, ainsi que dans la technique traditionnelle de coffrage, fabriqué sur place et permettant de réaliser les arrondis de la forme du mur selon les exacts rayons demandés par l’architecte. » Un travail minutieux, réalisé par tronçons de 12 m de long, rythme adopté en fonction des joints de dilatation ; en moyenne, 7 ou 8 m2 de paroi voient le jour quotidiennement. Outre l’ouvrage mural en lui-même, Mineral Service intervient également sur le chemin situé en surplomb et réalisé en béton coloré en surface, avec une finition « peau de mouton », ainsi que sur un ensemble de surfaces réparties dans les coteaux, qui serviront d’accès aux pompiers et de voies piétonnes, en béton désactivé.

Nommés Molière I, Molière II et Molière III – ce qui correspond au plan tripartite du parc –, les trois chantiers sur lesquels intervient Mineral Service sont aujourd’hui finalisés pour le premier et en cours pour les deux autres, qui doivent être livrés au mois de juin prochain. D’ici à janvier 2017, l’ensemble des aménagements paysagers et de loisirs devrait être mis en place pour offrir aux habitants une zone de promenade et de détente inédite, agrémentée du flux tranquille d’un cours d’eau oublié, car autrefois busé : le ru d’Orgeval. Des habitants avec lesquels un important travail de concertation a été mené, « notamment sur des points d’appropriation du parc », précise Patrick Bouchardon. Sur le choix des jeux, par exemple, mais aussi sur les jardins familiaux. Une grande place en dalle béton, avec une scène en bois, sera réalisée sur Molière II, partie du parc la plus large : « A cet endroit, le mur se décompose et vient “s’éclater” pour former des gradins. » Le tout sera accessible de jour comme de nuit : au vu du caractère fragmenté du parc, il a été décidé qu’il ne serait pas clôturé, mais complètement ouvert et imprégné par le tissu urbain ; un système de gestion dit « au point lumineux » permettra qu’il soit éclairé la nuit.