Focus design – Aurélien Lemire ou l’esthétique du béton

Focus design – Aurélien Lemire ou l’esthétique du béton

 

 

 

Scientifique de formation, Aurélien Lemire a toujours été sensible à la matière et à l’expérimentation. Devenu designer – après une première étape professionnelle en tant qu’enseignant –, il œuvre depuis quelques années au sein d’une structure développée avec sa compagne, Marie Thureau, « Des couleurs en la matière », basée à Treigny, dans l’Yonne. Spécialisé dans la décoration d’intérieur et de jardin, il aime marier techniques traditionnelles et innovation. Chaux, enduits décoratifs et… béton sont ses matériaux de prédilection. Récemment, il a ainsi installé plusieurs bancs en béton fibré à ultra haute performance – selon un modèle créé en 2013 – dans le tout nouveau jardin du MUDO-Musée de l’Oise, à Beauvais. Aurélien Lemire a 38 ans. Il revient ici sur son travail et, plus particulièrement, les atouts de l’utilisation du béton dans ses créations.

 

Le béton semble occuper une place centrale dans votre pratique. Est-ce que cela a toujours été le cas ?

Aurélien Lemire. – Le travail du béton est apparu dans un deuxième temps dans l’activité de l’entreprise. Tout d’abord, il y a eu une pratique d’enduits décoratifs intérieurs qui m’a amené à formuler différents types d’enduits naturels dont les caractères principaux sont la minéralité, la sensation au toucher et les nuances dans les couleurs. Le tadelakt – enduit artisanal marocain étanche utilisé dans les pièces d’eau – en est l’expression la plus évidente avec son toucher lisse et soyeux. Mes premières créations de mobilier ont été faites en tadelakt puis, à la suite de demandes pour du mobilier de jardin, dont les exigences en termes de résistance mécanique et aux intempéries sont très spécifiques, je me suis naturellement tourné vers le béton fibré à ultra haute performance (BFUHP).

 

Qu’est-ce que ce béton peut apporter au design ?

Le béton fibré à ultra haute performance est un matériau d’une haute technicité. Sa grande fluidité et sa malléabilité permettent des moulages d’une grande finesse avec un haut niveau de précision. Ses propriétés mécaniques (en flexion, notamment) sont décuplées par rapport à un béton ordinaire et permettent ainsi de réduire considérablement l’épaisseur des pièces sans perdre en résistance. Ce béton nous permet de réaliser des pièces épurées, d’une grande douceur au toucher. Mon mobilier a pour vocation de s’intégrer discrètement dans l’espace, qu’il contribue à mettre en valeur au travers de ses lignes harmonieuses. C’est d’ailleurs, me semble-t-il, cette même recherche d’harmonie qui a guidé le choix de la teinte des bancs du MUDO : un jaune « clair de lune » – sur une demande initiale de la directrice artistique Sylvie Expert-Bezançon –, créé spécialement pour l’occasion au terme de nombreux essais.

 

Quels sont selon vous les autres atouts de cette matière ?

Ils sont nombreux. Le BFUHP réunit des propriétés qui, jusqu’alors, n’étaient pas vraiment cumulables en un seul matériau : finesse et résistance, élégance et sobriété, minéralité et sensualité, couleur et durabilité, etc. Du fait de sa porosité quasi nulle, il ne prend pas les taches et ne nécessite aucun entretien particulier. C’est un matériau exigeant mais, si on parvient à le maîtriser, il sait s’adapter à toutes sortes de projets, en intérieur comme dans le jardin.

 

Contact> http://descouleursenlamatiere.com

 

 

De gauche à droite et de haut en bas.

Mobile installé à Saint-Aubin-Château-Neuf, en Bourgogne. © Aurélien Lemire.

Mobile en béton. © Aurélien Lemire

Table et bancs en béton. © Aurélien Lemire

Banc en béton. © Aurélien Lemire

Bancs en béton dans le jardin du MUDO-Musée de l’Oise, à Beauvais. © Aurélien Lemire